Jeudi 27 juin 1940

Je rencontre, dans la matinée, plusieurs habitants qui se plaignent tous à l'exigence croissante des allemands à leur égard.
En présence des faits signalés, sans parler de mon cas personnel, aucun doute n'est possible à ce sujet.
A 16 h 45, je conduis en voiture à Auxerre M. Gallois et M. Carré. Ils doivent voir le Préfet pour l'approvisionnement en farine de la commune.
Nous rentrons sans encombre à Cheny vers 19 heures.

Vendredi 28 juin 1940

Rien de spécial au cours de cette journée.
A 19 heures, réunion à la mairie du Comité municipal pour la question du ravitaillement en viande.
Elle se termine à 20 h 40.

Samedi 29 juin 1940

Matinée, rien à signaler.
Après-midi, mairie pour la permanence.
A 17 heures, tous les hommes et tous les jeunes gens âgés de plus de 15 ans ont reçu l'ordre de se rassembler au Foyer du soldat pour y être recensés.
Sur la demande du lieutenant allemand, qui me reconnaît, j'aide, en tant que français, aux opérations du recensement prévu.
Tout se passe bien et rapidement. Les soldats allemands apposent un cachet sur la pièce d'identité qui leur est présentée.
Cependant, huit hommes sont retenus. Ils seront conduits, à pied, le soir même à Joigny pour vérification de leur identité, parait-il.
Ils ont une heure pour se préparer et prévenir leur famille.
En leur nom, je prie le lieutenant d'accepter que le départ de ces huit hommes ait lieu seulement le lendemain matin, ce qui leur permettrait d'accomplir, dans la même journée, le trajet Cheny-Joigny et retour, à pieds.
Le lieutenant me le refuse en me disant : «impossible, c'est la guerre».
Je reste environ un quart d'heure avec ces huit hommes. Je les encourage, puis je reviens à la maison, afin que Mme Burgat ne croit pas que les allemands m'ont gardé également avec eux.
En fait, il ne s'agissait pas de vérifier l'identité de ces huit hommes, mais bien de les conduire, comme prisonniers, au camp de Joigny.
Nous l'avons su quelques jours plus tard.

Dimanche 30 juin 1940

10 h – Permanence à la mairie.
12 h – Apéritif chez Pépin, offert par M. Bonnerot et payé par M. Charles Boursin, devant son insistance affectueuse.
14 h 30 jusqu'au soir – Permanence à la mairie.

Lundi 1er juillet 1940

A la première heure, ce matin, les 600 soldats allemands, ainsi que leurs 600 chevaux, ont quitté Cheny. Huit hommes seulement sont restés.
En regard à la faible population de la commune, la présence d'un aussi important contingent de troupes à causé une très grande gêne.
Certains cultivateurs n'étaient plus chez eux, en quelque sorte.
Matinée – Permanence à la mairie.
14 h – Rendez-vous chez M. Gallois, avec M. Bonnerot, pour échange de vues sur les relations à établir avec Migennes, dans l'intérêt des deux communes.
15 h – Retour à la mairie où je reste à travailler jusqu'à 17 h 30.
Un cheval laissé par les allemands vient de crever. Procès-verbal en est dressé, certifié par un sous-officier allemand afin d'éviter toute difficulté ultérieure.
Cheny paraît calme, vide même, par rapport aux jours précédents. Cela s'explique par le départ des troupes allemandes, cantonnées en trop grand nombre en considération des ressources de la commune en emplacements disponibles principalement.

Conclusion

J'arrête ici mes notes qui embrassent une période de 18 jours, la plus riche et la plus fertile en incidents pour la vie de la commune de Cheny.
En toute sincérité, je puis dire que, si j'ai pu rendre quelques services, j'en ai été largement récompensé par la satisfaction du devoir accompli dans cette période exceptionnelle d'amitié qui a régné avec tous mes rapports avec eux.
Merci à Cheny de m'avoir accueilli et Vive Cheny !

Retranscription "Cheny mon village, mes racines icaunaises"
http://www.cheny.net

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