Le Journal du Maquis - Septembre 1944

A tous mes Maquisards

Voici venu pour vous le moment tant souhaité, appelé tant de fois par vous, le moment de la seule activité que vous admettiez avec tout l'élan de votre jeunesse et de votre foi, le moment de la vraie bataille.
Les armées alliées et les Forces Françaises se sont jointes et chaque jour un peu plus loin, avec un peu plus de pertes, l'ennemi recule, rageur.
Vous voyez votre département qui se libère, reprendre avec une hâte joyeuse, les coutumes de toujours. Finies les contrariétés continuelles qui accablaient tous ceux qui vous étaient chers, depuis les tout-petits jusqu'à vos vieux parents, finies les alertes continuelles où l'ennemi nous guettait comme des bêtes malfaisantes.
Regardons ensemble, aujourd'hui, le chemin parcouru. Nous pourrions nous laisser griser, ce serait si facile et si humain, par ces premiers symptômes de victoire. Mais je suis sûr, mes petits gars, moi qui vous connais depuis toujours, que dans votre esprit et dans votre cœur, reste grande et chaude la place que vous aviez donnée à vos chefs de la première heure. Tous vous avez connu et apprécié la sollicitude paternelle de Félicien, notre premier chef départemental maquis. Tous, vous revoyez sa haute silhouette, son calme, son sourire qui vous encourageait. Tous, en un seul élan et de vous-même, vous avez juré de venger les injures qu'il a pu subir.
Qui de vous n'évoque souvent aussi l’allant, la crânerie de Jacques, celui que, dans le maquis, on appelait «Monsieur Plastique», et sa témérité qui est légendaire. Ils nous ont quitté depuis 3 mois déjà, et pourtant ils sont restés présents parmi nous, comme tous ceux qui ont disparus de nos rangs les uns après les autres.
Nous avons vécu tous ensemble, coude à coude, sous la guitoune et sur la route, des instants qu'il nous sera impossible d'oublier.
Après cette vie commune, intense, nous resterons unis, sincèrement et profondément unis, par nos souvenirs qui déjà se lèvent en masse. Nous avons tous à évoquer les figures chères, les habitudes, les bons mots de nos camarades qui ont donné joyeusement leur jeunesse et leur vie. Qui de nous ne les cherchait instinctivement, à ses côtés, à leur juste place, alors qu'il