Marius Lhuillier

Marius Lhuillier
L'arrivée des plénipotentiaures allemands.
Sur la route, le Capitaine Marius Lhuillier

L'Illustration, No. 3950-3951, 16-23 novembre 1918

La Capitulation Allemande
(les plénipotentiaires dans les lignes françaises)

... La clarté grandit, dissipa les ombres. La première des autos approchait de la section qui barrait la route. Un immense drapeau blanc, le traditionnel drapeau des parlementaires, flottait à l'avant, à la place du fanion, plus blafard, à la lueur des phares, dans cette brume. Un trompette, sur le marchepied, jetait dans l'air les notes tristes de quelqu'une de ces rauques sonneries allemandes. Un jeune capitaine de vingt-cinq ans, Lhuillier, qui commandait par intérim le bataillon et qui s'était porté aux avant-postes, se plaça en travers de la route, étendit les bras. La voiture ralentit et stoppa... T rois autres qui suivaient, la seconde arborant également le drapeau blanc, la rejoignirent. Le cortège était arrêté. Un général en grand uniforme, la poitrine chargée d'ordres, mit pied à terre, s'approcha du capitaine Lhuillier, se nomma :
- Général de Winterfeld, de la mission des parlementaires allemands.
Il parlait notre langue avec une correction parfaite. Il a eu tout le temps de l'apprendre chez nous, alors qu'il était attaché militaire à l'ambassade allemande à Paris ; il en eût eu peut-être le loisir rien que durant les longs mois où, à la suite de l'accident qu'on se rappelle, il recevait sous un toit français des soins si délicats.
- Mon capitaine, ajouta-t-il, je vous fais toutes mes excuses d'arriver en retard ; des difficultés d'ordre matériel en sont cause, l'état des routes... Je vais vous présenter les parlementaires qui m'accompagnent.
- Général, répondit le capitaine Lhuillier, je n'ai pas qualité pour vous recevoir officiellement. Veuillez remonter en voiture et me suivre.
Voilà donc le premier tableau de la défaite allemande avouée, acceptée, subie : ce général, constellé de croix, le type même du hautain junker allemand plein de formes, devant ce capitaine de vingt-cinq ans, ancien soldat comme tant d'autres, type des artisans de la victoire française ; et, comme spectateurs, quelques fantassins crottés, boueux, appuyés sur leurs armes, leurs bons fusils, leurs mitrailleuses, silencieux, impassibles, encore que, sans doute, à plus d'un le coeur dût battre bien fort.
Sur l'ordre du capitaine, le trompette allemand a quitté le marchepied de la voiture. Un caporal clairon, Sellier, l'y a remplacé. Et voici que, dans la nuit, vibrent tour à tour, allègres, triomphales, les sonneries du 171ème d'infanterie, des 19ème et 26ème bataillons de chasseurs à pied, de tous les corps, enfin, de la 166ème division d'infanterie, qui garde le secteur. Des soldats accourent à travers champs, suivent la file des autos qui s'est remise en marche à petite allure, arrivent, à pas alertes, jusqu'au poste de commandement des avant-postes, à l'entrée de la Capelle. Là est de service le chef de bataillon Ducorney, qui commande depuis le début de la guerre ses chasseurs, et dont la Croix de guerre se couronne de huit palmes, un type de bravoure, de vertu militaire ; le lieutenant-colonel Marquet, du 171ème, est près de lui...

Gustave Babin
L'Illustration, No. 3950-3951, 16-23 novembre 1918

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