L'Illustration du 13 décembre 1941
(Entrevue de Saint-Florentin-Vergigny)

L'ENTREVUE DE SAINT-FLORENTIN
ENTRE LE MARÉCHAL PÉTAIN ET LE MARÉCHAL GOERING

Une nouvelle entrevue franco-allemande, qui pourrait bien marquer un tournant décisif dans les rapports des deux pays et dans le développement de la politique de collaboration, a eu lieu le 1er décembre à Saint-Florentin-Vergigny, petite localité de la zone occupée, à proximité de Clamecy, entre le maréchal Pétain et le maréchal Goering. Elle n'a jusqu'à présent fait l'objet que d'un laconique communiqué officiel, qui s'est borné à enregistrer l'événement en ajoutant que le "long entretien avait porté sur les questions qui intéressent l'Allemagne et la France". Mais les commentaires officieux, aussi bien de Vichy, de Paris que de Berlin, sans rien divulguer de ce qui a été dit, soulignent également l'importance de cette rencontre historique, la troisième de ce genre depuis l'armistice, après celles de Montoire, des 23 et 25 octobre 1940, et celle de Berchtesgaden, du 11 mai 1941, entre l'amiral Darlan et le Führer.
En recevant les membres de la presse, M. Fernand de Brinon, ambassadeur de France, représentant le gouvernement dans les territoires occupés, leur a fourni les renseignements suivants sur les circonstances matérielles de l'entrevue :
Ce n'est pas la première fois que les deux grands soldats se rencontrent. Le maréchal Pétain avait eu une première entrevue avec le Maréchal du Reich aux obsèques du roi de Yougoslavie, puis une seconde lors des funérailles du maréchal Pilsudski.
Aujourd'hui à 11 heures un train spécial amenait sur le quai de la petite gare de Coulanges-sur-Yonne, au nord de Clamecy, le chef de l'Etat, accompagné de l'amiral Darlan.
II a été accueilli dès son arrivée par le général Haness, représentant à Paris du Reichsmarschall Goering, et par moi-même.
Après quelques minutes de conversation générale, ces quatre personnalités ont pris la route en direction de Saint-Florentin-Vergigny, où elles sont arrivées vers 13 heures.
De son côté, le Reichsmarschall Hermann Goering est arrivé en gare de Saint-Florentin-Vergigny, où il attend le maréchal Pétain. A l'arrivée de la voiture officielle française, il s'avance vers le chef de l'Etat français.
Les deux hommes d'Etat se saluent. Le maréchal Pétain présente l'amiral de la flotte Darlan au chef suprême de la Luftwaffe.
Le Reichsmarschall prie le chef de l'Etat de monter dans son wagon. La conversation s'engage alors, à laquelle assistent. le ministre Schmidt, interprète officiel allemand, et l'interprète du maréchal Pétain. Après un quart d'heure le Maréchal fait appeler l'amiral Darlan. Un entretien de plus de trois heures commence, qui avait été fixé à trois quarts d'heure par le protocole.
Il devait être immédiatement suivi d'un déjeuner. Mais c'est exactement trois heures dix qu'il nous faudra attendre avant que prenne fin l'important échange de vues qui va constituer une nouvelle étape dans les relations entre l'Allemagne et la France.
Ce fut une conversation générale très franche entre deux soldats qui s'estiment depuis longtemps et qui depuis longtemps désiraient avoir un entretien approfondi.
Nous espérons tous que de cette rencontre résulteront pour les deux pays de substantielles réalisations.
L"Illustration – 13 décembre 1941

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